PAULETTE GODDARD ET LA COMMISSION DES ACTIVITÉS ANTI-AMÉRICAINES

 

A quelqu’un qui l’accusait d’être communiste, elle répondait en le menaçant de lui lancer son collier de diamants à la figure. Jean Renoir (Ma vie et mes films, 1974).

La redoutable chasse aux sorcières notamment contre les personnalités d’Hollywood soupçonnées de sympathies communistes, lancée en 1947, connait son paroxysme pendant le maccarthysme (1950-54), du nom du sénateur républicain Joseph Mc Carthy, en ce début de guerre froide. Celui-ci va faire régner une vague de terreur sur la Mecque du cinéma, en établissant des listes noires de personnalités attaquées injustement sur leurs opinions politiques et leur patriotisme.

pghuacradioLa création d’une commission permanente nommée commission des activités anti-américaines, à la Chambre des représentants est autorisée par le président Truman, en 1947. Elle enquête notamment sur l’impact du communisme, son influence et sa propagande dans l'industrie cinématographique. Elle va convoquer et auditionner toute personne désireuse de se défendre ou de leur fournir des renseignements sur des supposés communistes !

Paulette Goddard est membre du comité pour le premier amendement, qui rassemble de nombreuses personnalités de la gauche hollywoodienne comme Lauren Bacall, Humphrey Bogart, Kirk Douglas, Ava Gardner, Katharine Hepburn, James Stewart, Spencer Tracy ou Orson Welles. Ce comité, crée en 1947, par Philip Dunne, John Huston et William Wyler, conteste à la commission des activités anti-américaines le droit d’interroger quiconque sur son appartenance politique.

Paulette apparaît courageusement, en septembre 1947, dans l’émission de radio : Hollywood fights back pour protester contre la politique de la commission et défendre la liberté d’information, auprès des comédiens Fredric March, Edward G. Robinson et Audie Murphy.

Certaines personnalités (appelées les 10 d’Hollywood) refusent de témoigner devant cette commission en invoquant le premier amendement. Ils sont condamnés à la prison, comme le scénariste Dalton Trumbo ou le réalisateur Edward Dmytryk (qui accepte ensuite de revenir devant la commission).
Au final, c’est environ trois cents artistes discriminés qui se retrouvent sur les listes noires : des musiciens (Artie Shaw), des scénaristes et des metteurs en scène (Luis Buñuel, Jules Dassin, Joseph Losey ou Fred Zinnemann), mais aussi des acteurs (John Garfield ou Orson Welles et parmi les partenaires de Paulette : John Ireland, Edward G. Robinson, Gipsy Rose Lee ou Gale Sondergaard).
Ils sont la victime d’écoutes téléphoniques, de contrôles fiscaux et bancaires, d'articles de presse diffamants, de campagnes de dénigrement et d’attaques politiques réclamant notamment pour certains leur expulsion du territoire.
La plupart ne peuvent plus travailler aux Etats-Unis, condamnés à s’exiler ou à prendre un pseudonyme. Peu d’artistes réussiront à se reconstruire une carrière.
Deux des maris de Paulette sont accusés de sympathies communistes par la commission, et inscrits sur les listes noires: Burgess Meredith et Charles Chaplin. Ce dernier, lors d’une tournée européenne pour Les feux de la Rampe, ne peux rentrer aux États-Unis après l’abrogation de son visa américain en 1952. Il s’installe alors avec sa famille en Suisse, et ne revient aux Etats-Unis qu’en 1972, pour recevoir un oscar d’honneur. Burgess Meredith voit sa carrière cinématographique s’essouffler, et c’est la télévision qui lui permet de revenir sur les écrans dans les années soixante.

pghuacriveraDes enquêtes sont menées sur les opinions et activités politiques de Paulette dès 1940, pour l’aide apportée au peintre Diego Rivera, communiste notoire, afin qu’il quitte le Mexique suite à la tentative d’assassinat de l’exilé communiste Léon Trotski (assassiné quelques mois plus tard).
Son amitié avec d’autres communistes, comme Frida Kahlo, ses mariages successifs avec Charles Chaplin et Burgess Meredith, ses actions auprès du comité pour le premier amendement et son intervention radiophonique de 1947, ont pour conséquence une surveillance continuelle, l’élaboration de rapports confidentiels et son inscription sur de nombreuses listes du FBI. Un mémo interne de cette agence datant de 1941 et adressé au directeur de l’époque, Edgard J. Hoover, indique une liste de personnalités de la Paramount ayant contribué probablement aux causes du Parti Communiste, dont Paulette mais aussi ses partenaires Claudette Colbert, Bob Hope, Veronica Lake ou Ray Milland.

Malgré cette surveillance, Paulette la démocrate, ne sera jamais accusée publiquement d’être une communiste, et continue une carrière assez prospère pendant une dizaine d’années
Cependant, elle rencontre de nombreux problèmes avec la Paramount à la fin des années quarante. Le studio décide alors de rompre son contrat, suite à l’échec de son film La vengeance des Borgia (1949), et au moment même où la majorité des médias et des politiques se déchainent sur son ex-mari Charles Chaplin.

pghuacmonumentaCette atmosphère de crainte et de suspicion se dissipe peu à peu au début des années soixante. Ces regrettables événements sont aujourd'hui sévèrement critiqués, considérés comme un abus de pouvoir de l'Etat et une période honteuse de l'histoire américaine.

Un mémorial, nommé Blacklist, crée en 1999 à Los Angeles par Jenny Holzer, honore le premier amendement et est dédié aux créateurs accusés injustement pendant cette période sombre, et notamment les 10 d’Hollywood (représentés par dix bancs de pierre disposés en cercle et entourés de nombreuses citations de personnalités, dont Paulette Goddard : pghuacmonumentbJusqu'à ce jour, personne n'a été capable d'identifier un personnage, une scène ou une image qui pourrait être interprétée comme un soutien au renversement de notre gouvernement, 1947). Il est situé dans un jardin paysager composé de vieux oliviers en face du Fisher Museum of Art (University of Southern California).

 

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